Le grand secret
(ou la thèse d’un fou)
Je ne suis pas spécialement fan d’Indochine, mais les paroles du « grand secret » m’ont interpellé à la sortie du disque.
Elle :
Laisse-moi être comme toi
Laisse-moi être toi
Laisse-moi être ton sang
Laisse-moi un peu de temps
Lui :
Je rougirai quand je te verrai
Et quand je te parlerai
Mais quand les lumières seront éteintes
Je te dirigerai sans crainte
Elle :
Laisse-moi faire comme un garçon
Laisse-moi cette illusion
Laisse-moi être ton roi
Laisse-moi le faire comme toi
Lui :
Je te montrerai
Comment on fait
Et puis je te remplacerai
Je ferai comme une fille qui se défend
Une fille qui perd son sang
Elle :
Laisse-moi être comme toi
Laisse-moi plusieurs fois
Laisse-moi être tes yeux
Laisse-moi faire l'amoureux
(…)
Laisse-moi être ta croix
Laisse-moi essayer
Laisse-moi être juste toi
Lui :
Je te laisserai trouver la voie
Et puis je penserai comme toi
Comme une fille qui voudra prendre son temps
Comme si c'était la dernière fois.
Ainsi donc, Nicolas Sirkis, homosexuel, évoque pudiquement ce qu’il appelle le « grand secret », en d’autres mots, la sodomie.
Il est étonnant de constater qu’en dehors des milieux homosexuels (et encore!), cet aspect de la sexualité masculine relève du tabou dont il est hors de question de lever le voile.
Je me plais à penser, depuis de nombreuses années, qu’il s’agit bien d’un « grand secret », face auquel le « Da Vinci Code » fait figure de broutille.
Primo, au niveau anatomique, la science fait peu état du parallélisme des zones érogènes féminines et masculines.
Or, n’en déplaise aux créationnistes, la morphologie masculine et féminine est en tout point symétrique car issu, dans la nuit des temps, d’une même souche auto-reproductive, qui par nécessité d’évolution, a fait le choix de la sexualité, c’est à dire d’une adaptation corporelle dans le but de marier des gênes émanant de deux êtres distincts.
Une lente métamorphose s’est ainsi opérée.
Le clitoris n’est-il pas une mini verge ?
Les testicules ne sont rien d’autre que des ovaires descendus, par nécessité, pour rester au frais ?
Ou inversement :
Le pénis n’est-il pas un clitoris surdéveloppé ?
Les ovaires, des organes reproducteurs qui se sont mis bien au chaud ?
Mais qu’en est-il alors des orgasmes ?
Comment se fait-il que la femmes aient plusieurs zones conduisant à l’orgasme (clitoridien, vaginal, point G…) alors que l’homme doit se contenter de la verge ?
Lors de nombreuses discussions avec des femmes, proches et amies, j’ai tenté de définir la sensation des deux orgasmes féminins principaux : clitoridien et vaginal.
Pas une a contredit la description que j’en faisais : l’orgasme clitoridien est une jouissance plus électrique et fulgurante, tandis que l’orgasme vaginal est profond, lancinant, un grondement sourd, comme une lame de fond qui s’amplifie jusqu’au climax.
Et l’homme alors ? Etant donné l’analogie pénis/clitoris, il devrait donc se contenter d’un orgasme clitoridien.
Et de fait, l’éjaculation produit un orgasme similaire au clitoris : électrique et fulgurant.
Serait-ce là, l’origine d’une frustration séculaire ? Qui expliquerait, à bien des égards, le caractère agressif et dominant du mâle ?
Toute quête de pouvoir (quel qu’il soit) n’est que l’expression d’un manque (d’amour, de reconnaissance, d’une frustration…).
Ainsi, nous, les mâles, aurions perdus des zones érogènes en chemin ?
A moins qu’elles ne se trouvent inaccessibles ?
Et si la morphologie masculine s’était mal formée au gré de l’évolution ?
A moins de…
Il est amusant, à ce propos, de constater que la part féminine de l’homme, s’exprime de manière plus libre dans le milieu homosexuel.
Il est amusant de constater aussi qu’à l’inverse, dans le milieu hétérosexuel, la simple évocation de la sodomie masculine s’associe immédiatement à deux mots : « enculé » et « P.D. » .
Freud n’a pas facilité la problématique en stigmatisant le stade « anal ».
De fait, si la « propreté » fait référence au contrôle des sphincters et à l’acceptation de cette perte d’une part de soi (les excréments), un interdit s’insinue insidieusement dans notre cortex et qui nous dit : cette zone est désormais interdite.
Rajoutez à ce cocktail castrateur, les religions, les bonnes mœurs, les fonctions morphologiques du corps humain, et vous constaterez que « Le grand secret » n’est pas prêt de se muer en un partage d’amour et de plaisir.
C.Q.F.D.
Luckysky